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Quelle place pour le gaz dans le mix énergétique français à l'horizon 2050 ?

il y a 3 semaines

Alors que le Gouvernement doit officialiser prochainement la Programmation Pluriannuelle de l’Energie pour les 10 ans à venir, FRANCE STRATEGIE (organisme d’études prospectives auprès du Premier Ministre) a récemment publié une note d’analyse très instructive : « Quelle place pour le gaz dans la transition énergétique ? ».

Nos experts Energie de SEGECO Consulting en ont fait une synthèse que nous partageons avec vous.

 

2050 : objectif neutralité carbone

 

Dans son discours de politique générale de Juillet 2017, le Premier Ministre avait réaffirmé l’objectif de “neutralité carbone” à l’horizon 2050, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 C°.

Pour rappel, la neutralité carbone est le point d’équilibre entre la quantité d’émissions de gaz à effet de serre émise dans le monde et la capacité de la terre à capter et stocker du dioxyde de carbone. Elle conduit à réduire très fortement l’utilisation des énergies fossiles dans notre pays. Il s’agit de toutes les énergies non renouvelables enfouies dans la terre depuis des millions d’années, d’où le terme “fossiles”. Ces énergies sont la cause principale des émissions de CO2.

 

La place du gaz dans le mix énergétique français

 

Le mix énergétique est la répartition des différentes sources d’énergies primaires consommées dans une zone géographique donnée.

En 2016, le gaz représentait :

  • 21% de la consommation d’énergie finale
  • 11 millions de logements chauffés au gaz
  • 50% de la consommation totale de gaz pour le chauffage des locaux et bureaux

Mais le gaz, c’est surtout 20% des émissions de gaz à effet de serre.

 

La France : un pays à la transition énergétique unique

 

En France, les centrales à charbon ne représentent que 1,8% de la production (et elles devraient être toutes arrêtées en 2022). Les centrales à gaz, indispensables pour faire face aux pointes de consommation, ne représentent que 7,7% de la consommation électrique.

Pour autant, le gaz est à l’origine de 20% des émissions de gaz à effet de serre dont près de la moitié est imputable au résidentiel et au tertiaire, pour le chauffage des locaux, l’eau chaude sanitaire et la cuisson. Pour ces usages, le gaz pourrait être remplacé par l’électricité (pompes à chaleur et chauffe-eau thermodynamiques), la biomasse (bois), la géothermie ou le solaire thermique.

Si nous voulons réduire nos émissions de CO2 en France, l’utilisation du gaz naturel doit donc diminuer en priorité dans le résidentiel et le tertiaire.

 

Quels usages pour le gaz en 2050 ?

 

A moyen terme, l’usage du gaz fossile tendra à se réduire fortement, au profit du gaz renouvelable.  Attention cependant, ce dernier est beaucoup plus rare et coûteux ! La stratégie la plus logique consisterait donc à n’employer ce gaz que pour les usages auxquels il est difficile de substituer de l’électricité (grands froids, consommations élevées…).

 

La demande pour les usages spécifiques du gaz peut-elle être satisfaite par du “gaz vert” ?

 

Pour être considéré comme renouvelable, le gaz produit doit être issu d’un recyclage du CO2 contenu dans l’atmosphère ou dans les végétaux.

L’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) a publié en février 2018 une étude de la faisabilité économique d’un système gazier, en 2050, basé à 100% sur du gaz renouvelable. Dans cette analyse, l’agence évalue la possibilité d’une solution permettant de satisfaire, grâce à ces trois ressources renouvelables, une consommation de gaz  réduite de près de 40% par rapport à la consommation actuelle.

L’inconvénient principal mentionné dans cette étude reste le coût de production du gaz qui serait multiplié entre 2,5 et 4. Ce constat rend le plan envisagé difficilement viable pour l’instant.

 

Des enjeux stratégiques difficiles à concrétiser financièrement pour 2050

 

La neutralité carbone en 2050, qui conduit à se débarrasser totalement, ou presque, de l’usage des énergies fossiles à cet horizon, pose donc la question de la place que doit prendre le gaz dans notre système énergétique. 

À court terme > il n’est pas envisageable de se passer du gaz pour le chauffage de plus de 100 millions de logements, d’autant que la priorité serait d’abord de rénover les trois millions de logements encore chauffés au fuel…

À moyen terme > la place du gaz se réduirait avec la substitution du gaz fossile par du gaz renouvelable. Il serait réservé aux usages pour lesquels il semble indispensable : industrie, production d’électricité par grand froid, chauffage de centres urbains dépourvus de solutions alternatives, transports sur de longues distances.