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"Notre gestion nous met à l'abri des conflits d'intérêts"

il y a 3 semaines

Entretien de notre PDG, Jean-Loup Rogé, avec MARIE-ANNICK DEPAGNEUX.

Acteurs de l’Economie- La Tribune. 29/08/2017

Jean-Loup Rogé qui a repris Segeco en 2007, dont il était déjà un des associés, prévoit un
déploiement à l’international pour accompagner l’implantation d’entreprises étrangères en
France. Le groupe né dans l’expertise-comptable s’est étoffé pour répondre à la demande du
marché et couvrir tous les aspects de la gestion d’entreprise. Selon son PDG, l’évolution du
cadre professionnel suite à la loi Macron n’engendre pas un risque de conflits d’intérêts.

Acteurs de l’économie – La Tribune : Quel était votre projet lorsque vous avez repris Segeco
en 2007 ? Votre ambition était-elle de multiplier la taille par plus de six en passant de 12 à 75
millions de revenus ?

Jean-Loup Rogé. Tout d’abord, je voudrais préciser que j’ai rejoint Segeco en 1993. Lorsque j’ai
repris la société, en 2007, j’étais associé au capital. Dès cette époque le projet ELAN était bien
d’offrir un guichet unique allant de l’expertise-comptable à la formation en passant par le
commissariat aux comptes, le juridique, et l’informatique. Nous sommes restés dans ce modèle de
multi-spécialiste pour répondre à l’ensemble des préoccupations du client.

Jusqu’où voulez-vous grossir ?

Nous ne sommes pas dans une stratégie de grossir pour grossir, mais bien dans l’objectif de
répondre aux demandes des clients. Leurs besoins ont évolué dans le temps. Ainsi, il y a quinze
ans les TPE n’achetaient que de la comptabilité. Aujourd’hui, le juridique fait partie du pack qu’elles
sollicitent.
Par ailleurs, le digital a transformé la manière de collecter, traiter et restituer l’information.
Néanmoins, notre ancrage reste toujours très centré sur Auvergne-Rhône-Alpes. Nous avons pris
position à Paris lorsque nous avons décidé d’élargir notre spectre aux grands comptes. Notre
implantation à Toulouse s’explique par les nombreux clients que nous suivons dans l’aéronautique
et notamment Airbus. Dans le cadre de notre prochain plan stratégique, celui qui succédera à
Magellan, en cours, nous réfléchissons à d’autres territoires.

Il semble que chaque fois que vous ajoutez une nouvelle activité vous commencez par une
création ex nihilo. Cette méthode s’est vérifiée pour le Consulting – avant l’acquisition de
Magellis Consultants à Paris- ou encore dans la profession d’avocat : création de Metalegal.
Est-ce une stratégie ?

Ce n’est pas un choix délibéré. Nous sommes une entreprise de croissance organique dans nos
métiers. Les rapprochements, parfois liés à des rencontres à l’instar de Magellis, s’effectuent sur la
base d’une complémentarité de clientèle ou d’activité.

La loi Macron, dans son ordonnance du 31 mars 2016, ouvre la porte à la constitution de
sociétés pluri-professionnnelles mêlant le chiffre et le droit. Des voix se sont élevées,
notamment l’Ordre des avocats de Paris, mettant en garde contre grave risque
d’insécurité (sic). Comment prévenez-vous les éventuels conflits d’intérêts ?
Comment évitez-vous toute porosité entre le conseil et l’audit ?

Nous sommes dans l’esprit de la loi Macron depuis longtemps en ce sens que nos activités
fonctionnent en synergie. Ce texte conforte donc notre stratégie formalisée depuis dix ans en nous
ouvrant des opportunités importantes. Il est exempt de conflits d’intérêts et quoi qu’il en soit, notre
gestion nous met à l’abri de ce type de risque. Quand nous entrons un nouveau client en
commissariat aux comptes nous vérifions, auparavant, qu’il n’est pas sous contrat avec nous pour
d’autres prestations : commissariat aux comptes etc. Je me répète : travailler à une plus grande
échelle est une attente du marché. Les Anglo-saxons le font depuis longtemps.
Lire aussi : François Péron : « La Loi Macron met en grand danger les commissaires-priseurs
judiciaires ».

Quels sont les nouveaux champs que vous pourriez agréger à votre périmètre actuel ?
Pourriez vous, comme Fiducial, développer une activité dans la sécurité ? N’est-ce pas un
peu votre modèle ?

Notre modèle est à l’opposé de Fiducial dont la stratégie repose sur la croissance externe. Nous,
nous voulons aider nos clients à augmenter leur valeur ajoutée. Dans ce but, nous proposons à nos
clients toute la filière ressources humaines (RH) : recrutements d’ingénieurs avec Talended,
managers et cadres supérieurs avec Teal Executive, formation finances, RH et informatique et
même la gestion des licenciements et de l’outplacement .
L’équipe dédiée compte aujourd’hui une trentaine de collaborateurs. Tout comme le secteur de la
cybersécurité sous la marque Securymind. Nous avons des agréments Passy et des experts en
interne de haut niveau dont certains viennent de l’Armée. Dans le droit nous allons renforcer la
partie fiscalité. La fusion avec le cabinet d’avocats Brumm & Associés nous renforce dans le droit
social en nous étendant à d’autres domaines : propriété industrielle, immobilier, relations familiales.

Avez-vous des visées à l’étranger ? Si oui, où ?

Dans notre futur projet d’entreprise, qui sera prêt entre mai et juin 2018, l’international sera un axe
de développement. Nous voulons accompagner les groupes étrangers qui veulent se doter de
filiales en France. Une de nos entités est en mesure de faire de la recherche de site. Et nous
pouvons déployer nos autres prestations. Nous allons ouvrir des desks à l’étranger et pas
uniquement en Europe.

Parlez-nous de votre démarche RH en interne. Comment s’exprime l’importance que vous
voulez donner au travail collectif ?

Le travail collectif est indispensable. Pour le favoriser, nous opérons une refonte dans la distribution
des espaces et des lieux de vie. Nous mettons l’accent sur le travail en binôme. Quinze
collaborateurs suivent une formation de chef de projet pour coacher la transformation. Et puis, notre
académie maison a pour objet de gérer l’intégration de nouveaux salariés.

Votre groupe se veut un acteur de la transformation. Comment imaginez-vous le futur ?

Demain nous apprendrons à nos clients à résoudre leurs problèmes. Nous leur transmettrons nos
savoir-faire. Et nous, nous continuerons à faire monter en gamme nos métiers.

Vous allez bâtir un siège en propre en 2019. Est-ce pour être plus visible ?

Notre siège social est à Brives-Charensac où nous employons 50 personnes avec un vrai bureau
de production. Nous sommes la seule ETI basée en Haute-Loire et nous restons fidèles à nos
racines. A Lyon, ce que nous nous allons construire est un lieu de vie, de rencontres, de 6 000 m²,
toujours basé dans le 6ème arrondissement mais je ne dévoilerai pas maintenant l’adresse précise.
Il sera ouvert au coworking réservé à nos clients, un peu sur le mode Google. Nous voulons être
collaboratifs jusqu’au bout. Ce nouvel immeuble conçu par l’atelier d’architectes lyonnais Babylone
Avenue sera agrémenté de jardins, de terrasses, et la livraison est programmée en 2019.