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13 Fév 2019 - Actualité

L’automédication à la recherche d’un nouveau modèle économique

Estimé à 3,9 milliards d’euros, le marché global du selfcare, tel que défini par l’Afipa, a globalement stagné en 2018 (+0,3 %). En cause, le repli important des médicaments d’automédication (-4,6 % en valeur), qui représentent à eux seuls près de 55 % du marché. La poursuite de ce trend baissier n’a pu être compensée par la bonne dynamique des autres segments qui composent cet univers de produits, à savoir les compléments alimentaires (+8,3 %, à 880 M€) et les dispositifs médicaux (+2,8 %, à 833 M€). À l’exception de la dermatologie, toutes les principales classes thérapeutiques sont en recul, en particulier les traitements des voies respiratoires (-9,1 %), l’antalgie (-6,6 %) et l’homéopathie (-1,2 %). Pour l’Afipa, les raisons de ce repli sont multiples : freins culturels au comportement d’automédication, impacts des relistages intervenus en 2017 (médicaments à base de codéine et de dérivés morphiniques), interdiction de la publicité pour les vasoconstricteurs, décalage des pathologies hivernales sur le début de l’année 2019… Des facteurs de décroissance à la fois structurels et conjoncturels auxquels viendrait s’ajouter la concentration du réseau officinal au profit des grosses pharmacies et des centrales d’achats, lesquelles renforceraient leur pouvoir de négociation auprès des laboratoires pharmaceutiques. Autant dire que les perspectives de ce marché sont mal orientées car l’environnement réglementaire et politique en France n’est guère favorable à l’automédication. Un marché encore très peu développé si on le compare à ce qu’il représente dans les pays anglo-saxons et en Europe du nord. Le conseil et la prescription pharmaceutique, leviers de développement de l’automédication ? Afin de soutenir ce marché, les industriels misent sur de nouveaux schémas de prise en charge en pharmacie. S’inspirant des parcours de soins mis en place pour certaines maladies chroniques, l’Afipa défend la notion de « parcours d’automédication pharmaceutique », à savoir une prise en charge protocolisée dans certaines pathologies pouvant être soignées en dehors de la prescription et de la consultation médicale. L’association a, d’ores et déjà, travaillé avec des sociétés savantes pour élaborer des protocoles et des arbres décisionnels dans deux domaines : les maux de gorge et l’antalgie. Ils seront présentés à la profession au cours du 1er semestre 2019. Une approche qui pourrait aller beaucoup plus loin si le droit à la prescription pharmaceutique était finalement accordé aux pharmaciens. Des modèles existent déjà, en Suisse (programme netCare), au Royaume-Uni (les pharmaciens sont reconnus comme des supplementary prescribers et peuvent élaborer des clinical management plan) et au Québec (depuis la loi 41 de 2015). Des pays qui accordent aux pharmaciens une place centrale dans l’organisation des soins primaires.
Les Echos Publishing 2019