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14 Nov 2018 - Actualité

Les opticiens pourraient participer activement à la santé visuelle des personnes âgées en perte d’autonomie

Selon une étude publiée par des chercheurs de l’Inserm et des Universités de Bordeaux et de la Sorbonne, 40 % des personnes âgées de plus de 78 ans portent des lunettes non adaptées à leur vue. Une proportion importante qui peut s’expliquer à la fois par des difficultés financières et/ou par une forme de fatalisme à l’égard des troubles de la vision qui s’aggravent naturellement avec l’âge. Autre facteur explicatif probable : le développement des déserts médicaux et la réduction du nombre d’ophtalmologistes au cours de ces dernières années (- 5,7 % entre 2007 et 2017 selon les estimations de la Drees). Or, de même que les troubles de l’audition, une vue déficiente et mal corrigée a des effets délétères sur la santé d’une personne âgée, avec des répercussions qui peuvent être importantes sur sa qualité de vie et son autonomie (risque de chute, marche hésitante, dégradation des échanges sociaux, etc.). C’est pour remédier en partie à cette situation que plusieurs parlementaires ont déposé en octobre dernier une proposition de loi visant à élargir les prérogatives des opticiens-lunettiers. Ces derniers pourraient être autorisés à réaliser des examens de réfraction auprès des résidents d’Ehpad, dont on estime qu’un quart ne bénéficie pas d’un équipement optique adapté à leurs besoins. La réalisation in situ de ces examens éviterait ainsi aux aidants ou au personnel soignant de déplacer les personnes en perte d’autonomie vers des lieux parfois éloignés de consultation ou de soins. Pour les opticiens, ce nouveau droit serait le prolongement de ceux qui leur ont été octroyés par le décret du 12 octobre 2016 et qui les autorise à adapter les prescriptions médicales des verres correcteurs et des lentilles de contact correctrices, dans le cadre d’un renouvellement de délivrance et après réalisation d’un examen de la réfraction. Mais dans le cadre réglementaire actuel, ces examens doivent être réalisés dans un espace adapté, afin de garantir de bonnes conditions d’isolement phonique et visuel. Soit, dans la plupart des cas, un magasin d’optique-lunetterie ou un local y attenant. Il s’agit donc pour les parlementaires de mentionner spécifiquement les Ehpad comme faisant partie des lieux physiques où les opticiens pourraient réaliser légalement ces examens. Les initiatives se multiplient pour maintenir dans les territoires une offre de soins ophtalmologiques Cette proposition de loi apparaît d’autant plus pertinente que l’accès aux soins ophtalmologiques se dégrade fortement. Rappelons que selon une étude récente de la Drees, les délais d’attente pour une consultation chez un ophtalmologiste s’élèvent en moyenne à 80 jours, soit les délais les plus élevés de toutes les spécialités médicales. Des initiatives originales, portées par des opticiens, visent à pallier ce déficit de soins. En 2015, deux jeunes opticiens ont lancé Lunettes au Logis, une société qui propose la visite d’un opticien sur un lieu de rendez-vous choisi par les clients qui ne peuvent ou n’ont pas le temps de se déplacer en boutique (domicile, maison de retraite, bureau, hôtel…). Même approche pour le réseau Les Opticiens Mobiles, créé en 2014, qui a développé une offre de services spécifiquement destinée au grand âge et au handicap. Plus récemment, des opticiens exerçant en Auvergne ont aménagé un camping-car baptisé « Atol Mobile » (en raison de leur affiliation à la coopérative Atol). Celui-ci sillonne les routes du Cantal et de la Corrèze pour aller au-devant des personnes âgées, peu ou pas mobiles. Des services de proximité qui devraient se développer fortement dans les années à venir grâce aux politiques publiques favorables au maintien des personnes âgées à domicile.
Les Echos Publishing 2018