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20 Sep 2018 - Actualité

Leclerc repart à l’assaut des officines

À quelques mois de la publication des avis de l’Autorité de la concurrence sur l’organisation de la distribution pharmaceutique et les modalités de fixation des prix des médicaments, cette nouvelle revendication de Michel-Edouard Leclerc a suscité un véritable tollé au sein de la profession officinale. Comme toutes les campagnes lancées depuis 2008 par l’enseigne, qui réclame la possibilité de vendre des produits de médication familiale dans ses 264 parapharmacies (400 M€ de CA en 2017) et via son site de e-commerce (www.parapharmacie.leclerc). Pour justifier cette nouvelle revendication, Michel-Edouard Leclerc s’appuie sur une enquête réalisée en mai dernier par l’institut de sondage IPSOS auprès d’un échantillon représentatif de la population française. 85 % des Français interrogés se déclarent favorables à la vente d’autotests en parapharmacie si celle-ci s’effectue sous le contrôle d’un pharmacien diplômé. Ils y voient plusieurs avantages : la facilité et la rapidité d’accès (pour 90 % d’entre eux), ainsi que la possibilité de bénéficier d’un dépistage plus précoce et plus fréquent (86-87 %). Et si demain, la vente des autotests réservés au monopole officinal étaient autorisés en parapharmacie, près de 80 % d’entre eux seraient prêts à les acheter via ce circuit de distribution. La réaction de certains pharmaciens ne s’est pas faite attendre. L’UDGPO, qui représente 16 groupements et enseignes de pharmacies (environ 3 870 points de vente), assigne E.Leclerc pour publicité mensongère dans la mesure où certaines de ses parapharmacies n’emploieraient pas de docteurs en pharmacie. Michel-Edouard Leclerc a reconnu qu’il employait 260 pharmaciens diplômés… pour 264 parapharmacies à l’enseigne. L’écart est mince. Mais l’UGDPO demande au juge d’établir par voie d’expertise la présence effective de ces pharmaciens, et ce sur une plage horaire de 60 heures par semaine. Son objectif étant de démontrer que les pharmaciens « Leclerc » ne travaillent pas dans toutes les parapharmacies ou y n’exercent qu’à temps partiel. En ligne de mire, le marché du selfcare Pourquoi s’attaquer en 2018 aux autotests et aux substituts nicotiniques ? Certes, le contexte est aujourd’hui favorable à ces produits dans la mesure où la prévention constitue l’un des axes clés de la Stratégie nationale de santé. Mais il s’agit de « petits » marchés dont les ventes cumulées représentent environ 150 M€ par an. Par ailleurs, certains substituts nicotiniques sont désormais remboursables à 65 % par l’Assurance maladie, une mesure récente qui lève un frein à leur utilisation. Quant aux autotests, outre les tensions qu’ils provoquent entre pharmaciens et biologistes, l’utilisation de certains d’entre eux est contestée par l’Académie de pharmacie qui n’en recommande que 3 sur 13 (ceux utilisés dans les dépistages des infections au VIH et des infections urinaires, et les kits de recherche d’anticorps antitétaniques). Des marchés « compliqués » donc et au potentiel commercial a priori limités. Pour E.Leclerc, l’enjeu est donc ailleurs. Le véritable objectif reste le marché du selfcare dans son ensemble, qui comprend à la fois les médicaments de prescription médicale facultative (4,8 Mds€ HT fin 2017 se répartissant à hauteur de 43 % pour le non remboursable et 57 % pour le remboursable), les compléments alimentaires et les dispositifs médicaux vendus en médecine de ville. Soit un marché beaucoup plus stratégique, de l’ordre de 6 Mds€.
Les Echos Publishing 2018