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02 Mai 2018 - Actualité

Immobilier : une trop forte concentration de propriétaires nuirait à l’emploi

Le plus souvent, être propriétaire de son logement est le signe d’une certaine aisance financière. L’augmentation de la concentration de propriétaires devrait donc se traduire par une amélioration de la situation de l’emploi. Or, en croire les différentes études menées sur le sujet aux États-Unis et en Europe depuis 1999 et analysées par l’Insee dans sa lettre « Insee Analyses » d’avril 2018, c’est l’inverse qui se produit. Raison pour laquelle les analystes de l’institut ont décidé de voir si ce paradoxe avait également cours en France. Éviter les biais « En France, entre 1970 et 2005, le taux de chômage et la densité de propriétaires ont évolué de façon globalement similaire », rappellent Charles-Marie Chevalier et Raphaël Lardeux, les auteurs de l’étude. Toutefois, cela ne permet pas d’affirmer qu’une corrélation existe entre ces deux phénomènes et de la mesurer. Il est ainsi rappelé que pendant cette période, l’accès à la propriété a été fortement soutenu par des aides publiques et que dans le même temps, une succession de crises économiques internationales et nationales accroissait le chômage. « Pour identifier un éventuel lien direct entre densité de propriétaires et taux de chômage, on doit pouvoir faire abstraction de l’ensemble de ces facteurs », rappellent les deux analystes. L’étude a donc été réalisée à l’échelle locale et dans la durée (1968-2011). Un lien réel aux effets modérés Comme dans les autres pays étudiés, il apparaît que l’augmentation de la densité de propriétaires au niveau local s’accompagne également en France « d’une hausse du risque d’être au chômage » tant pour les propriétaires que pour les locataires. Cette interaction négative s’expliquerait par l’addition de deux dynamiques contraires. La première tient à la composition de la population : les propriétaires étant moins exposés au chômage que les locataires, plus leur nombre augmente, plus le chômage baisse. La seconde, plus puissante, s’expliquerait notamment par le fait qu’une « surreprésentation de la propriété engendrerait par exemple des tensions sur le marché du logement susceptibles de compliquer la recherche d’emploi des chômeurs et de freiner l’appariement sur le marché du travail ». Ainsi, la hausse de 10 points de la densité de propriétaires dans une zone donnée entraînerait une baisse du chômage de 0,7 % en raison de l’augmentation du nombre de propriétaires et en même temps une hausse de 1,3 % du chômage causée par les frictions associées sur le marché du travail. La hausse de 10 points de la densité de propriétaires provoquerait donc une augmentation du chômage de 0,6 %, selon l’Insee.
Les Echos Publishing 2017