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21 Mar 2018 - Actualité

Les pharmaciens se lancent dans les bilans de médication

Il aura fallu près de 10 ans pour que ce nouveau service pharmaceutique devienne une réalité… Car le bilan de médication est une revendication ancienne des représentants officinaux, qui étaient parvenus à l’inscrire dans la loi HPST de 2009. À l’époque, il s’agissait d’un service pouvant être proposé à des patients souffrant de pathologies chroniques dans le cadre des coopérations interprofessionnelles entre médecins et pharmaciens (l’article 38 de la loi prévoyait la création du statut de « pharmacien correspondant »). Un décret d’avril 2011 avait même présenté les modalités de réalisation de ce bilan, sans en préciser toutefois sa rémunération pour l’officine. La version 2018 du bilan de médication reprend globalement celle de 2011, avec toutefois deux différences importantes : la première est la suppression du statut de « pharmacien correspondant », jugé trop complexe à mettre en place étant donné l’hostilité du corps médical, et la seconde est la traçabilité des informations recueillies par le pharmacien via une plate-forme développée par l’Assurance maladie (Espace Pro sur le site ameli.fr). Concrètement, ces bilans de médication s’adressent aux personnes de 65 ans et plus souffrant d’une Affection de Longue Durée (ALD), et à celles de 75 ans et plus auxquelles sont prescrits au moins 5 médicaments différents sur une période de 6 mois consécutifs (personnes dites polymédiquées). Soit, selon la HAS, quelque 9 millions de personnes, dont 3,9 sont considérées comme particulièrement à risques car souffrant de plusieurs maladies et traitées par des médecins différents. L’objectif est double : d’une part, améliorer l’observance thérapeutique, par une meilleure compréhension du patient à l’égard de ses traitements, et d’autre part, réduire le risque de iatrogénie médicamenteuse, responsable en France de 7 500 décès par an et de 3,4 % des hospitalisations chez les patients de 65 ans et plus. Les pharmaciens sont rémunérés 60 € par patient la première année, puis 20 € les années suivantes en cas de continuité de traitement et 30 € en cas de nouveaux traitements prescrits. Cette rémunération comprend, en année 1, l’entretien de recueil des traitements (prescrits et non prescrits), leur analyse et la transmission du compte-rendu au médecin traitant (via une messagerie sécurisée), son enregistrement dans le DMP et l’entretien « conseil » au cours duquel le pharmacien fait part au patient de son analyse, de ses échanges avec le médecin traitant et de ses conseils en termes de prise et de bon usage de ses traitements. Un service développé depuis plusieurs années dans de nombreux pays Le bilan de médication a été progressivement introduit dans l’exercice officinal de plusieurs pays à partir du début des années 1990 (Allemagne, Pays-Bas, Suisse, Italie, Belgique, Canada…). Deux pays ou provinces sont particulièrement avancés dans ce domaine : au Royaume-Uni, le NHS rembourse depuis 2005 les Medicines Use Review (M.U.R.), aujourd’hui pratiqués par la quasi-totalité des pharmaciens auprès d’une large proportion de la population dans le cadre de traitements au long cours (diabète, asthme, BPCO…) ; au Québec, les pharmaciens ont non seulement la possibilité de surveiller les thérapies médicamenteuses, mais aussi d’évaluer les besoins en médicaments non reçus, prescrire un médicament pour des indications « mineures » (ex. : rhinite allergique), définir les paramètres biologiques à surveiller… Deux exemples qui indiquent aux pharmaciens français tout le champ des nouveaux services pouvant être développés à partir du bilan de médication. Décret n° 2011-375 du 5 avril 2011, JO du 7 Arrêté du 9 mars 2018, JO du 16
Les Echos Publishing 2017