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30 Jan 2018 - Actualité

La précarisation des jeunes Européens inquiète le FMI

Publiée sur le site du FMI, l’étude « Inégalité et pauvreté intergénérationnelles dans l’Union européenne » expose, sur plus de 50 pages de graphiques et d’analyses, la dégradation de la situation des 18-24 ans depuis la crise de 2008. Une situation jugée suffisamment alarmante par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pour l’inciter à mettre en ligne un long article sur le blog de l’institution dans lequel elle fait part de ses inquiétudes, mais également met en avant des pistes qui, si elles étaient suivies par les autorités publiques des différents États de l’Union, permettraient d’offrir de meilleures perspectives aux jeunes européens. Des écarts creusés par la crise « Le fossé entre les générations s’est considérablement creusé en Europe. La population en âge de travailler, et plus particulièrement la jeunesse, est laissé pour compte », constate Christine Lagarde. D’abord, constate le FMI, les revenus des 18-24 ans, après avoir fortement baissé à partir de 2008, viennent à peine de retrouver leur niveau d’avant-crise alors que dans le même temps, celui des plus de 65 % a augmenté de 10 %. Une situation qui s’explique, notamment, par le chômage. Au niveau de l’Union, alors qu’il est à peine supérieur à 7 % chez les plus de 25 ans, le taux de chômage des 18-24 ans flirte avec les 20 %. Or, confronté à de longues périodes de chômage et à un manque patent d’expériences, les jeunes deviennent de moins en moins employables. Et lorsqu’ils trouvent un emploi, il est le plus souvent à durée déterminée et mal rémunéré. En outre, note Christine Lagarde : « il leur sera sans doute extrêmement difficile, voire impossible, de récupérer plus tard dans leur carrière les salaires qu’ils n’ont pas gagnés et les économies qu’ils n’ont pas réalisées ». Des exemples à suivre Plusieurs pays européens, conscients du problème, ont mis en place ou renforcé des politiques efficaces d’accompagnement des jeunes. C’est le cas notamment de l’Allemagne dont les programmes d’apprentissage et de formation permettent aux jeunes d’intégrer, mais également de rester sur le marché du travail. Dans ce pays, signalent les auteurs de l’étude, la différence entre le chômage des 18-24 ans et des plus de 25 ans est d’à peine 3 points alors qu’elle est de plus de 12 points dans la moyenne des pays de l’UE. Autre exemple cité par l’étude : le Portugal. Dans ce pays fortement frappé par la crise, une politique d’exonération des cotisations sociales pendant 3 ans a été adoptée pour les premiers emplois. « Un pas dans la bonne direction », juge Christine Lagarde. Plus largement, le FMI propose 3 pistes à suivre pour réduire ces inégalités. La première, d’ordre général, tend à inciter les États à soutenir l’emploi en accentuant leurs efforts en matière de formation et de baisse du coût du travail (baisse des cotisations et des impôts sur les bas salaires). La deuxième invite les pays à repenser leur système de prestations sociales et d’indemnisation du chômage afin qu’il offre une meilleure protection aux jeunes. Enfin, pour le FMI, une réflexion doit être menée pour instaurer une plus grande progressivité des impôts sur la fortune (y compris les droits de succession) afin d’en tirer des revenus destinés à favoriser des programmes sociaux en faveur des jeunes qui, note Christine Lagarde, « font cruellement défaut ».
Les Echos Publishing 2017