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17 Oct 2017 - Actualité

Gaspillage alimentaire : l’éclairage de l’Ademe

Recettes pour agrémenter les « restes », conseils pour faire ses courses et conserver plus longtemps ses aliments au réfrigérateur, bien comprendre les dates limites de conservation… Comme tous les 16 octobre depuis 5 ans, la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire a été l’occasion, notamment pour le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, d’inviter les consommateurs que nous sommes à adopter des comportements plus vertueux. Une approche louable qui ne doit pas nous faire oublier que le gaspillage alimentaire touche tous les acteurs de la filière alimentaire, comme le montre une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Une approche par étape Baptisée « Pertes et gaspillages alimentaires : l’état des lieux et leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire », l’étude de l’Ademe, publiée en 2016, avait pour objectif, notamment, de « qualifier et de quantifier les pertes et gaspillages alimentaires » du fait des consommateurs, mais aussi celles rencontrées lors des phases de production, de transformation et de distribution. Pour chacune des étapes de la chaîne étudiées, rappellent les auteurs de l’étude, « des arbitrages ont été faits pour déterminer ce qui constitue des pertes et gaspillages et ce qui doit être exclu ». Toutes les pertes et gaspillages survenus avant récolte et abattage (gel des bourgeons, mortalité animale au stade de l’élevage) n’ont, par exemple, pas été pris en considération. 570 acteurs intervenant dans les différentes filières de l’alimentation, aux stades de la production, de la transformation, de la distribution et de la consommation ont été sollicités par l’Ademe pour réaliser cette étude. Une perte de 16 milliards d’euros S’ils étaient « valorisés en alimentation humaine », précise l’Ademe, la valeur des produits perdus et gaspillés atteindrait 16 Mds€ par an. Cela correspond, peu ou prou, à 10 millions de tonnes de produits alimentaires, soit 18 % de la production alimentaire. Et à 3 % des émissions françaises des gaz à effet de serre (l’équivalent de 1/3 des émissions de CO2 produites, sur une année, par les véhicules particuliers en France). En termes de répartition (en poids et non en valeur), 33 % des pertes et gaspillages sont à mettre au crédit des consommateurs, 32 % des producteurs, 21 % des transformateurs et 14 % des distributeurs. Mais attention, rappellent les experts de l’Ademe, les interactions qui existent entre les différents acteurs de la chaîne doivent nous inviter à relativiser la responsabilité de chacun. Il ressort, en effet, de l’étude que certains gaspillages assumés par un acteur sont causés, en réalité, par un autre acteur. Ainsi, par exemple, le calibrage des fruits et légumes et la surproduction, qui conduisent les producteurs à perdre une partie de leur production, sont directement issues d’exigences émanant de la distribution et de l’industrie de transformation. Se réformer ensemble Si l’Ademe invite chaque acteur de la chaîne alimentaire à conduire des actions permettant de limiter cette gabegie, elle insiste sur le fait qu’il n’y aura d’évolution significative qu’à la seule condition qu’un véritable dialogue s’instaure dans l’ensemble de la filière. À cette fin, l’Agence propose, par exemple, que des cahiers des charges moins stricts soient imposés par les transformateurs et les distributeurs aux producteurs. Elle propose également qu’une baisse du nombre de références des produits transformés soit amorcée ou encore que les distributeurs amplifient leurs actions pour donner leurs invendus ou faciliter leur transformation.
Les Echos Publishing 2017