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30 Mai 2017 - Actualité

Quelle inflation depuis le passage à l’euro ?

L’arrivée de l’euro ne s’est pas faite sans mal. Ceux qui ont vécu ce changement ont mis plusieurs mois, voire plusieurs années, pour correctement appréhender la valeur des biens et services qu’ils avaient l’habitude d’acheter en utilisant une monnaie 7 fois plus faible. Une phase d’adaptation qui laisse à nombre d’entre nous la sensation que le passage à l’euro a été marqué par une vague sans précédent d’augmentation des prix. Vérité ou simple ressenti ? L’Insee nous apporte des éléments de réponse dans une de ses dernières études. Une inflation modérée Depuis le passage à l’euro, l’inflation est restée très modérée en France. Ainsi, entre 2002 et 2016, les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 1,4 % par an. Pour mémoire, lors des 15 ans qui ont précédé le passage à l’euro (soit entre 1986 et 2001), l’inflation annuelle était en moyenne de 2,1 %. En outre, précise l’Insee, « l’inflation n’a ainsi dépassé le seuil de 2,0 % qu’à 4 reprises (2003, 2004, 2008 et 2011), avec des causes extérieures, en général, bien identifiées, telles que les variations des conditions climatiques (produits alimentaires frais, en 2003, 2004 et 2008), l’environnement géopolitique (produits pétroliers, 2008 et 2011) ou des décisions de santé publique (tabac) ». Quant à l’effet du changement de monnaie, il n’a eu qu’un impact très mineur qui est estimé entre 0,1 % et 0,2 %, rappelle l’Insee. Un ressenti très différent Or, l’Institut constate que l’évaluation de la hausse des prix par les Français n’est pas toujours conforme à l’évolution réelle de l’inflation. Pour expliquer cette différence, les auteurs de l’étude avancent plusieurs raisons. La première est que le panier de consommation moyen utilisé pour effectuer le suivi statistique du pays n’est pas, par principe, partagé par tous. L’inflation moyenne diffère, dans ces conditions, de l’inflation constatée par tous les consommateurs. Ensuite, l’Insee avance que « les ménages accorderaient plus d’importance aux prix en hausse qu’aux prix en baisse ou stables, car ce sont les premiers qui peuvent constituer une menace pour l’équilibre de leur budget ». En outre, il semble que les consommateurs soient plus sensibles aux hausses touchant les produits achetés régulièrement qu’à celles frappant des biens moins fréquemment consommés. Et l’Insee rappelle « que l’effet d’arrondi lors du passage à l’euro a été nettement haussier pour les produits fréquemment achetés (+0,3 point sur le pain et la pâtisserie, +1,5 point pour la consommation dans les cafés, etc.), mais légèrement baissier pour les gros appareils électroménagers ». Enfin, pour l’institut, la mémoire des derniers prix en francs explique aussi cette sensation de forte inflation. La tentation étant forte, pour certains d’entre nous, de comparer (et de s’en désoler) le prix actuel d’un bien de consommation courante comme la baguette, soit 0,87 € à son prix de bascule, c’est-à-dire 0,66 € (4,30 francs). En oubliant que 15 ans nous séparent désormais du franc…
Les Echos Publishing 2017